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Matériaux recyclés et renouvelables : où en est vraiment LEGO en 2026 ?

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Le 30 septembre dernier, le groupe LEGO a annoncé qu’il fabriquait désormais une partie de ses pièces à partir d’e-méthanol, une matière première produite à l’aide d’énergie renouvelable et de carbone capté. De quoi relancer une question qui revient régulièrement : où en est vraiment LEGO dans l’utilisation de matériaux recyclés ? Je vous propose de faire le point, chiffres officiels à l’appui. Et vous allez voir que la réponse est un peu plus subtile qu’un simple « vos briques sont désormais en plastique recyclé ».

Remplacer le pétrole sans toucher à la brique : le casse-tête

Depuis 1963, la brique LEGO classique est fabriquée en ABS, un plastique issu du pétrole. Mais ce n’est pas le seul : certains axes et connecteurs Technic ou les mains de minifig sont en POM, les éléments souples en polyéthylène, et les pièces transparentes utilisent encore d’autres matières. Chacune a été choisie pour une raison précise : solidité, souplesse ou transparence, et surtout cette fameuse force d’emboîtement (le clutch) qui doit rester identique entre une brique de 1980 et une brique de 2026.

C’est tout le problème. Pour LEGO, un nouveau matériau doit faire exactement aussi bien que l’existant, en termes de sécurité, de durabilité et de compatibilité. Le groupe affirme avoir testé plus de 600 matériaux différents à ce jour. Et la plupart n’ont pas passé le cap.

Une fausse bonne idée : la brique en bouteilles recyclées

L’exemple le plus parlant reste celui du PET recyclé. En juin 2021, LEGO présentait fièrement un prototype de brique fabriqué à partir de bouteilles en plastique. Deux ans plus tard, en septembre 2023, le projet était abandonné : le bilan carbone s’est révélé moins bon que celui de l’ABS. Le PET recyclé demande beaucoup d’énergie pour être traité et séché, des additifs pour atteindre la résistance voulue, et son passage à grande échelle aurait imposé de transformer en profondeur les usines.

La leçon est intéressante : « recyclé » ne veut pas automatiquement dire « meilleur pour la planète ». C’est ce qui explique en partie la stratégie actuelle de LEGO, beaucoup moins spectaculaire mais plus pragmatique.

Ce qu’il y a physiquement dans vos boîtes

Commençons par les matériaux qu’on retrouve réellement dans les pièces. Il y en a trois, tous détaillés sur la page dédiée de LEGO.

Le polyéthylène biosourcé (2018). C’est le pionnier. Depuis 2018, les éléments souples comme les plantes, les éléments botaniques et certains accessoires de minifigs sont fabriqués avec un polyéthylène composé à 89 % de matière renouvelable, issue de la canne à sucre brésilienne. On en parlait d’ailleurs à l’époque sur le blog avec le premier set promotionnel à en contenir. Aujourd’hui, plus de 200 éléments différents sont concernés, présents dans environ la moitié des sets. Attention, cela reste du plastique : renouvelable ne veut pas dire biodégradable.

Les pièces transparentes. Plus de 900 éléments transparents (sabres laser, pare-brise, fenêtres…) intègrent désormais 20 % de matière recyclée, issue de chutes de plans de travail en marbre synthétique. Une fois la transition terminée, LEGO annonce qu’ils seront présents dans plus de 85 % des sets.

Les pneus. Ils contiennent 34 % de matière recyclée, notamment à partir de filets de pêche et d’huiles moteur usagés.

Mis bout à bout, ces matériaux présents physiquement dans les pièces représentent… 4 % des matières achetées par LEGO en 2025. On est encore loin d’une révolution, et la brique ABS classique, elle, n’en fait pas partie.

52 % : un chiffre à bien lire

Pourtant, c’est un tout autre chiffre que LEGO met en avant dans ses résultats annuels : 52 % des matériaux utilisés en 2025 pour fabriquer ses briques et éléments proviennent de sources recyclées ou renouvelables, contre 33 % en 2024. La progression est réelle et rapide. Mais sur ces 52 %, seuls 4 points correspondent à de la matière réellement présente dans les pièces.

Les 48 autres reposent sur ce qu’on appelle le bilan massique (mass balance en anglais). Le principe : le fournisseur de LEGO mélange, dans ses installations, des matières premières fossiles et des matières renouvelables (huiles de cuisson usagées, huiles végétales…), puis vend sa production à plusieurs clients. Un organisme indépendant certifie la quantité de matière renouvelable injectée (LEGO achète une résine certifiée ISCC PLUS), et chaque client peut s’en attribuer une part en fonction de ce qu’il paie. En 2025, 60 % de la résine achetée par LEGO était certifiée de cette façon.

Schéma expliquant le principe du bilan massique (mass balance) utilisé par LEGO

Pour faire simple, c’est le même principe qu’un contrat d’électricité verte : votre fournisseur s’engage à injecter dans le réseau autant d’électricité renouvelable que vous en consommez, mais les électrons qui arrivent dans votre prise sont les mêmes que ceux de votre voisin. LEGO le reconnaît d’ailleurs sans détour. Pour Annette Stube, sa directrice du développement durable, dans une tribune publiée en juillet : « La certification en bilan massique nous permet de nous attribuer des matières renouvelables dans ce que nous achetons, mais cela ne signifie pas qu’une brique donnée en contient un pourcentage précis. »

Est-ce pour autant du greenwashing ? Pas vraiment, à mon sens. Le système a un effet concret : plus LEGO achète de résine certifiée, plus son fournisseur doit acheter de matière renouvelable pour suivre. Et cela coûte cher. En 2024, le PDG Niels B Christiansen indiquait que ces matériaux pouvaient coûter jusqu’à 70 % de plus que leurs équivalents fossiles, un surcoût que le groupe disait vouloir absorber sans le répercuter sur les prix. LEGO présente lui-même ce système comme une étape transitoire, et plaide pour que son usage soit mieux encadré afin d’éviter les allégations trompeuses. Mais il faut garder en tête que, physiquement, la très grande majorité de nos briques reste fabriquée à partir de pétrole.

L’e-méthanol, la dernière pièce du puzzle

C’est dans ce contexte qu’arrive l’annonce du 30 septembre. L’e-méthanol est produit selon un procédé dit Power-to-X : de l’électricité renouvelable sert à produire de l’hydrogène, qui est ensuite combiné à du CO₂ capté sur une unité de méthanisation (biogaz). Ce méthanol sert ensuite à fabriquer le POM (polyoxyméthylène, aussi appelé polyacétal), ce plastique évoqué plus haut. Le lien est direct : le POM est produit à partir de formaldéhyde, lui-même obtenu à partir de méthanol. Très rigide, résistant et doté d’un faible coefficient de frottement, il est réservé chez LEGO aux pièces qui doivent tourner, glisser ou serrer sans casser, comme les axes ou les mains de minifigs. Et c’est aussi pour cela que l’e-méthanol ne concerne que ces pièces : l’ABS des briques relève d’une tout autre chimie.

Il provient de l’usine de Kassø, au Danemark, exploitée par European Energy et inaugurée en mai 2025. Présentée comme la première usine d’e-méthanol à grande échelle au monde, elle peut en produire 42 000 tonnes par an, avec pour premiers clients LEGO, l’armateur Maersk et le laboratoire Novo Nordisk. LEGO avait signé dès avril 2023 un accord pour soutenir cette production à l’échelle industrielle.

Concrètement, plus de 90 éléments sont concernés : des axes et connecteurs Technic, des volants et les mains de minifigs. Trois précisions s’imposent toutefois :

  • il ne s’agit pas de matière recyclée, mais d’une matière renouvelable produite à partir de carbone capté ;
  • seules les pièces en POM sont concernées, pas les briques classiques en ABS ;
  • LEGO précise que l’e-méthanol est injecté dans une boucle de production « où de la matière fossile vierge est également présente ». On reste donc, là encore, dans une logique de bilan massique.

LEGO ne communique par ailleurs aucun chiffre sur les émissions évitées pour ses pièces. European Energy revendique de son côté une empreinte carbone réduite jusqu’à 97 % pour son e-méthanol par rapport à un équivalent fossile, mais ce chiffre porte sur le méthanol lui-même, pas sur la pièce finie.

Et les emballages ?

Côté emballages, la transition est plus visible. Les sachets en papier, dont je vous parlais dès 2022, équipaient fin 2025 56 % des lignes de conditionnement du groupe. Les usines de Chine et du Vietnam sont quasiment passées au papier, la République tchèque et la Hongrie doivent suivre en 2026, puis le Mexique en 2027. Selon LEGO, 93 % de ses emballages (en poids) sont déjà à base de papier ou de carton. Les minifigurines à collectionner étaient d’ailleurs elles aussi concernées par cette chasse au sachet plastique (on en parlait ici).

Alors, où en est-on vraiment ?

LEGO s’est fixé 2032, l’année de son centenaire, comme horizon. Selon les pages, l’ambition est formulée tantôt comme des produits fabriqués « à partir de matériaux renouvelables et recyclés », tantôt comme des produits fabriqués « avec davantage de matériaux renouvelables ou recyclés ». La nuance n’est pas anodine.

Pour ma part, je retiens surtout trois choses. D’abord, les progrès sont bien réels : passer de 33 % à 52 % en un an n’a rien d’anecdotique, et le groupe affirme avoir utilisé en 2025 moins de matière fossile vierge qu’en 2022, alors que son chiffre d’affaires a progressé de 29 % sur la période. Ensuite, LEGO investit lourdement, avec par exemple le Kornmarken Campus inauguré cet été à Billund et son laboratoire dédié aux matériaux. Enfin, la communication du groupe sur le bilan massique est plutôt transparente, à condition de prendre le temps de lire les petites lignes.

Mais la brique 2×4 « sans pétrole » n’est pas pour demain. Le cœur du catalogue reste physiquement en ABS majoritairement d’origine fossile, et l’essentiel des progrès affichés repose sur un mécanisme comptable, certes certifié, mais qui ne change rien au contenu de la brique que vous tenez entre vos doigts.

Et vous, ces questions de matériaux comptent-elles dans votre façon d’acheter des sets ? Seriez-vous prêts à payer un peu plus cher pour des briques réellement issues de matières recyclées ? N’hésitez pas à partager votre avis en commentaires !

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