Il y a des sets que l’on teste pour eux-mêmes, et il y a des sets qui servent de porte d’entrée à autre chose. Le set LEGO Star Wars 75427 SMART Play: Throne Room Duel & A-Wing, commercialisé en France sous le nom SMART Play : duel dans la salle du trône et chasseur A-Wing, appartient clairement à la seconde catégorie. C’est la boîte vitrine du système LEGO SMART Play, la plus complète des trois références « Tout-en-un » lancées le 1er mars 2026, et celle que LEGO met en avant partout.
Cet article est avant tout un test du système SMART Play plutôt qu’un test du set. Les 962 pièces et les 159,99 € ne veulent pas dire grand-chose tant qu’on n’a pas répondu à la vraie question — est-ce que cette brique électronique change quelque chose à la façon dont on joue avec du LEGO ?
SMART Play, comment ça marche vraiment
Reprenons depuis le début, parce que le marketing LEGO entretient un certain flou. Le système repose sur trois objets distincts, et il faut les trois pour que ça fonctionne.
La SMART Brick d’abord, une brique 2×4 qui embarque un accéléromètre, des capteurs de proximité, un capteur de couleur, un capteur de lumière, un haut-parleur miniature piloté par un synthétiseur embarqué, une batterie rechargeable par induction et une puce ASIC développée sur mesure par LEGO — plus petite qu’un tenon. Toutes les SMART Bricks sont rigoureusement identiques. C’est important : la brique ne sait rien faire toute seule.
Ce sont les SMART Tags qui lui disent quoi être. Ces tiles spécifiques contiennent l’instruction contextuelle : « tu es un A-wing », « tu es un duel au sabre laser », « tu es une tourelle de l’Étoile de la Mort ». Le même bloc électronique devient un chasseur stellaire ou une salle du trône selon la tile qu’on lui colle dessous. Et les SMART Minifigures ajoutent la couche personnage : la brique détecte quelle figurine est à proximité et adapte ses réactions.
Le vrai tour de force technique est ailleurs, et il est passé assez inaperçu. Pour éviter le câble de charge, LEGO a mis une bobine à induction dans la brique. Puis les ingénieurs se sont rendu compte que cette bobine pouvait aussi servir à détecter les Tags — et qu’en en mettant plusieurs, la brique saurait lequel est le plus proche de quelle bobine. LEGO a donc inventé, un peu par accident, un système de positionnement relatif propriétaire. Chaque SMART Brick sait en permanence où se trouvent les autres briques, les Tags et les figurines autour d’elle, et dans quelle orientation. Vingt-cinq brevets ont été déposés. Ces briques sont donc bien plus que de simples « briques sonores ».
Bon à savoir : les sons ne sont pas des échantillons stockés en mémoire. LEGO a construit un paysage sonore synthétique où quelques timbres de base sont modulés en fréquence et en amplitude pour produire un nombre théoriquement illimité de bruits. Le même noyau sonore peut donner un réacteur de TIE Fighter ou une chasse d’eau. Ce choix explique à la fois la richesse des réactions et, on va y revenir, une certaine texture « électronique » qui ne trompe personne.
Une application, LEGO SMART Assist, complète l’ensemble sur iOS et Android — mise à jour du firmware, réglage du volume, dépannage. Elle n’est pas nécessaire pour jouer, et c’est heureux : LEGO a explicitement conçu SMART Play comme une alternative aux écrans, pas comme un accessoire de plus pour tablette.
Si vous avez raté les annonces, j’avais couvert la révélation du système au CES, puis les cinq références Compatibles, et plus récemment le passage de la gamme LEGO Pokémon à SMART Play.
L’expérience de jeu
Prise en main et première charge
La boîte contient deux SMART Bricks et leur chargeur USB, et c’est la première bonne nouvelle : pas de pile bouton, pas de tournevis, pas de trappe à visser. On pose les briques sur le socle, elles se rechargent par induction, point. Sur un jouet destiné à des enfants de 9 ans qui vont le manipuler quotidiennement, l’absence totale de manipulation technique est un choix judicieux.
Il n’y a rien à appairer, rien à configurer, aucun compte à créer. On monte le set, on clipse la SMART Brick à l’emplacement prévu, et ça fonctionne. L’application SMART Assist reste optionnelle. Après des années de LEGO Powered Up et de Bluetooth capricieux, cette simplicité fait du bien.
Les sons et les réactions
C’est là que le système gagne ou perd sa crédibilité, et globalement il la gagne. Poser la SMART Brick derrière le trône déclenche « La Marche impériale » et fait grommeler Palpatine. Installer Luke et Vador sur les supports mobiles du duel fait « s’allumer » les sabres laser (avec leur vrombissement caractéristique). Faire s’entrechoquer les figurines produit les bruits d’impact correspondants. Faire tomber Vador de son perchoir déclenche son cri de défaite.
Un détail m’a beaucoup plu : les SMART Minifigures ne parlent pas. Elles émettent des sons, des grognements, des intonations, mais aucun mot articulé. LEGO a résisté à la tentation du doublage, qui aurait vieilli rapidement, fermé la porte à l’imagination et causé d’inévitables problèmes de localisation. Vador respire, Palpatine ricane, et l’enfant met les mots dessus. C’est la bonne décision.
Le capteur de couleur ajoute une couche que peu de gens remarqueront au premier abord : la brique réagit différemment selon les couleurs qu’elle détecte autour d’elle. Et il existe une fonction cachée — poser deux SMART Minifigures à proximité l’une de l’autre déclenche une « conversation » entre elles. Ce genre d’easter egg logiciel est exactement ce qu’on attend d’un système qui se veut durable.
La limite est celle de la synthèse sonore. Les bruitages de moteur, de tirs et d’impacts sont convaincants et surtout modulés — un A-wing ne sonne pas comme un TIE Fighter, une accélération franche ne sonne pas comme un vol tranquille. Mais on entend qu’il s’agit d’un synthétiseur, pas d’un extrait de bande-son. Sur les thèmes musicaux iconiques, le rendu est plus mécanique que cinématographique. C’est le prix à payer pour ne pas avoir enfermé le système dans une banque de sons figée, et sur le principe je préfère largement ce choix.
Notez également une certaine « latence » — notamment dans des sons censés se répéter de manière rapide comme ici le tir de blaster ou celui de la tourelle. Je n’ai en revanche rencontré aucun « bug » : les SMART Tags / SMART Minifigures sont toujours correctement détectées.
La détection de position
C’est la fonctionnalité la plus impressionnante et la moins vendable en photo. La brique ne se contente pas de savoir qu’un Tag est présent : elle sait où il est, dans quelle orientation, et comment l’ensemble bouge. Incliner le A-wing dans un virage serré, le secouer, le retourner, l’accélérer brutalement — chaque geste produit une réponse sonore différente et cohérente.
Cette précision transforme le jeu. On ne déclenche pas des sons, on pilote. Un enfant qui court dans le couloir avec le A-wing au bout du bras entend son propre geste, pas une boucle audio préenregistrée. C’est là que le mot « la brique qui joue en retour » cesse d’être un slogan.
Le battle play et le jeu à plusieurs
Le battle play à deux joueurs nécessite deux SMART Bricks. C’est écrit noir sur blanc dans la documentation LEGO, et c’est l’information la plus importante de tout cet article : le set 75427 est la seule boîte du lancement Star Wars qui livre deux briques d’un coup. Le TIE Fighter et le X-Wing n’en contiennent qu’une chacun.
Concrètement, deux briques qui se détectent mutuellement permettent des affrontements réels : deux vaisseaux qui se tirent dessus voient leurs briques respectives jouer les sons de dégâts, puis d’explosion après suffisamment de tirs au but, avec les figurines associées qui manifestent leur détresse. Dans le set 75427, cette mécanique sert au duel entre le A-wing et la tourelle de l’Étoile de la Mort. C’est aussi le seul moyen, avec une boîte unique, de faire jouer deux enfants ensemble.
Et c’est bien tout le projet de SMART Play. LEGO ne cherche pas à faire un jouet plus impressionnant, mais un jouet qui pousse au jeu social. Le système est calibré pour deux enfants dans la même pièce, pas pour un adulte seul devant une vitrine.
Autonomie, volume et robustesse
Trois points méritent d’être posés honnêtement. Le volume se règle via l’application SMART Assist — mécanisme rassurant sur le papier, mais qui suppose qu’un parent installe l’application, ce qui contredit un peu le discours « zéro écran ». Il n’y a pas de molette physique. Réglé au maximum, le volume des sons est suffisant sans être assourdissant — les sons étant amenés à se répéter au fil de la séance de jeu, ils pourront néanmoins s’avérer pénibles pour ceux qui voudront regarder la télé dans le salon.
La batterie est intégrée et non remplaçable par l’utilisateur. C’est le choix qu’imposait la miniaturisation, et il est cohérent avec la sécurité enfant, mais il fixe mécaniquement une date de péremption au produit. J’y reviens dans le chapitre suivant.
Côté robustesse, LEGO a explicitement conçu les modèles de cette vague pour encaisser un jeu brutal, et pour tenir dans une main d’enfant. La plateforme du duel se détache du reste de la salle du trône, précisément pour qu’on puisse l’agiter sans démonter la structure.
Pour tout vous dire, j’ai été très agréablement surpris. Même si ce système s’adresse aux sessions de jeu des plus jeunes, techniquement c’est assez impressionnant et on sent que LEGO a mis les moyens pour le développement de cet écosystème.
L’écosystème : ce que le set ouvre, et ce qu’il oblige à acheter
SMART Play n’est pas une gamme, c’est une architecture commerciale à deux étages. D’un côté les boîtes Tout-en-un, qui contiennent une ou deux SMART Bricks et leur chargeur : le set 75427 testé ici, le set LEGO Star Wars 75421 Darth Vader’s TIE Fighter à 69,99 € et le set LEGO Star Wars 75423 Luke’s Red Five X-Wing à 89,99 €. De l’autre, cinq boîtes Compatibles qui contiennent des SMART Tags et des SMART Minifigures mais aucune SMART Brick.
Autrement dit : sans avoir acheté au moins une boîte Tout-en-un, les cinq Compatibles sont des sets LEGO ordinaires avec des tiles décoratives. Le modèle est parfaitement lisible, et il fonctionne dans les deux sens — l’acheteur d’un Tout-en-un a mécaniquement intérêt à étendre son parc de Tags, et LEGO n’a plus besoin de mettre de l’électronique dans chaque boîte pour vendre du SMART Play. C’est intelligent, et c’est aussi un piège classique de l’écosystème fermé : la valeur de ce que vous possédez dépend de ce que vous rachèterez ensuite.
La bonne nouvelle, c’est que le système est explicitement conçu pour le mélange. LEGO encourage à déplacer les Tags et les figurines d’un set à l’autre, et une SMART Brick achetée aujourd’hui restera compatible avec les douze références LEGO Pokémon qui sortent le 1er août 2026. Une brique Star Wars pilotera un set Pokémon. C’est la promesse du système LEGO appliquée à l’électronique, espérons que LEGO tienne cette ligne sur la durée.
Reste la question que personne n’écrit, et qui est pourtant la seule qui compte à 160 € : combien de temps ça dure ? La SMART Brick contient une batterie lithium non remplaçable. Toutes les batteries de ce type se dégradent. Le jour où elle ne tient plus la charge, la SMART Brick devient une brique 2×4 (en fait elle est légèrement plus haute, mais passons) très chère, et les boîtes Compatibles que vous aurez accumulées redeviennent des sets muets. Ajoutez-y la dépendance à un firmware mis à jour via une application que LEGO maintiendra tant que ça l’arrange — souvenez-vous de LEGO Mindstorms et de Vidiyo — même si ici le jeu restera possible car l’écran est totalement optionnel au fonctionnement.
Je ne dis pas que SMART Play connaîtra le même sort : les moyens engagés, l’ampleur du lancement et l’extension immédiate à Pokémon indiquent que LEGO joue gros et joue long. Je dis simplement que l’acheteur doit intégrer cette variable dans son calcul, ce que les communiqués de presse oublient soigneusement de mentionner. Un set LEGO classique de 1986 se monte encore aujourd’hui. Une SMART Brick de 2026, en 2046, non.
Une limite à vous signaler : je n’ai testé qu’une seule boîte. Tout ce que ce chapitre affirme sur l’interaction entre plusieurs sets repose sur la documentation LEGO et non sur mon expérience.
Le set lui-même
Puisque tout tourne autour du système, expédions le set en quelques paragraphes — ce qui n’est pas lui faire injure, parce qu’il n’est pas conçu pour être regardé mais pour être manipulé.
L’ensemble se compose de trois blocs. La salle du trône, avec le siège de Palpatine sur une turntable et les vitres caractéristiques de la scène du Retour du Jedi. La plateforme de duel est détachable, on vient y fixer les supports mobiles de Luke et Vador. Et le A-wing, dimensionné pour tenir dans une main et pour voler à bout de bras. On y ajoute une tourelle de l’Étoile de la Mort qui sert de cible.
La construction ne cherche aucune prouesse mais est loin d’être inintéressante avec quelques « techniques » d’assemblage, comme pour la fixation de la « couronne » autour du trône où celle des moteurs du A-wing. La progression reste malgré tout pensée pour qu’un enfant de 9 ans s’en sorte seul et arrive vite au moment où ça fait du bruit. Comptez en tout et pour tout 1h30 à 2h00 de construction. Notez qu’il n’y a pas le moindre autocollant dans cette boîte.
Côté figurines, six minifigs, dont surtout trois SMART Minifigures — Luke Skywalker, l’Empereur Palpatine et Dark Vador — accompagnées de 2 Gardes royaux et d’un pilote de A-wing. Les SMART Minifigures embarquent leur identifiant et ne sont donc pas de simples figurines : ce sont des composants du système. Notez d’ailleurs qu’elles sont livrées préassemblées : le torse ne se détache pas des jambes. La tampographie de tous les personnages est très correcte.
Le rendu final n’a rien de spectaculaire sur une étagère. La salle du trône est schématique, le A-wing est un modèle de jeu et non un modèle d’exposition. Mais juger ce set à l’aune d’un Ultimate Collector Series serait un contresens complet : il est fait pour finir par terre au milieu du salon, pas derrière une vitre. Et la structure encaisse : tout est solide, les points d’ancrage des SMART Bricks sont francs, et rien ne se démonte quand on secoue.
Bonne affaire ?
159,99 € pour 962 pièces, cela donne 0,166 €/pièce. Pour un set Star Wars ordinaire, le verdict tomberait sans appel : beaucoup trop cher. Sauf qu’appliquer ce ratio à une boîte contenant deux ordinateurs miniatures n’a aucun sens. Il faut changer de méthode.
Le meilleur étalon disponible est le set LEGO Star Wars 75426 Millennium Falcon : même vague, même thème, même sous-gamme SMART Play, mais boîte Compatible, donc sans SMART Brick. 885 pièces pour 99,99 €, soit 0,113 €/pièce — un ratio parfaitement dans les normes Star Wars. Ce chiffre nous donne le prix des briques seules dans cette vague.
Appliquons-le au set 75427 : 962 × 0,113 = 108,70 € de briques. Il reste donc environ 51 € pour deux SMART Bricks et leur chargeur. Environ 25 € par brique électronique. Pour un objet embarquant une puce sur mesure, un synthétiseur, quatre familles de capteurs, une batterie et des bobines à induction, ça ne me semble pas incohérent.
Le même calcul sur le set LEGO Star Wars 75421 Darth Vader’s TIE Fighter est plus flatteur encore : 473 × 0,113 = 53,45 € de briques pour un prix de 69,99 €, soit environ 16 € pour la partie électronique. Le TIE Fighter est, de très loin, le ticket d’entrée le moins cher dans l’écosystème SMART Play.
Pour résumer : le set 75427 n’est pas la meilleure affaire du lancement, c’est le meilleur produit. Il est le seul à livrer d’un coup deux SMART Bricks, cinq Tags, trois SMART Minifigures et trois environnements de jeu articulés entre eux. Si vous voulez simplement goûter au système sans y laisser un budget, prenez le TIE Fighter. Si vous voulez le système complet, fonctionnel à deux joueurs dès l’ouverture de la boîte, il n’y a pas d’alternative — et 160 € restent 160 € même s’il est déjà possible de le trouver pour beaucoup moins cher chez les revendeurs habituels, 119,99 € (-25%) chez Amazon à l’heure où j’écris ces lignes.
Conclusion
L’écosystème SMART Play mérite à mon avis le battage qui l’entoure. Le système de positionnement est une vraie prouesse, la réactivité au geste transforme réellement la façon de jouer, et le refus des écrans comme du doublage sont deux décisions très justes. Le set 75427 en est la meilleure vitrine, parce qu’il est le seul à contenir tout ce qu’il faut pour que le système donne sa pleine mesure — le jeu à deux inclus.
Mes réserves ne portent pas sur la technologie mais sur ce qui l’entoure. Le prix reste élevé pour ce qui est, une fois l’électronique retirée, un set de jeu assez simple. Et l’écosystème pose une question de pérennité que LEGO ne traite nulle part : une batterie non remplaçable et une dépendance au firmware fixent une durée de vie à un objet que la marque vend, précisément, comme un investissement dans « le prochain siècle du jeu ».
Pour un enfant de 9 ans à qui l’on veut offrir SMART Play, c’est la bonne boîte. Pour un adulte curieux qui veut comprendre où va LEGO, c’est aussi la bonne boîte, à condition d’assumer que ce n’est pas un set de collection. Pour tous les autres, le TIE Fighter à 69,99 € est une porte d’entrée nettement plus raisonnable.
Vous retrouverez toutes les photos de cet article, ainsi que quelques autres, à cette adresse.
Voilà, j’espère que vous aurez trouvé dans cet article de quoi vous faire une opinion sur ce set. Vous le trouverez sur le Shop@Home, à cette adresse. Merci à LEGO pour la fourniture du set pour cette review.

